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15 Jul

Nantes, le 15 juillet 2008, 8 h. 22.

Publié par sArAh  - Catégories :  #Chroniques nantaises (fiction !)


 

J'ai traversé la voie ferrée et suis rentrée dans le square Bacco. Il n'y avait pas un chat vivant dans les allées à cette heure, il était trop tôt ou trop tard plutôt. Les zombies défoncés, les punks à chiens calamiteux et ce que compte Nantes de pervers pépères avait finalement du rejoindre un pieu quelque part, une bagnole dans un parking souterrain ou l'abri bus de La Gloriette. Ils n'y seraient pas dérangés de toutes façons, la ville s'était vidée de ses habitants la veille et il y avait peu de chance que le busway ne dégueule son lot quotidien de secrétaires apprêtées, de coiffeuses décolorées venues des quartiers dortoirs du sud Loire.
Je me suis assise sur un banc, en ce deuxième jour de soleil du mois de juillet, le lendemain de la fête nationale.Il était à peine huit heures du matin, je n'avais rien d'autre à faire que de laisser le soleil flétrir ma peau, cette peau fine entre le cou et les seins qui ressemblait de plus en plus à celle de ma mère.

Au loin je remarquais Angelo, le slameur bègue, qui traversait la pelouse en titubant moitié, rentrant d'une fête sans doute. Ensuite plus rien, personne, même le vent d'ouest avait capitulé ce matin là.

Je décidais de pousser jusqu'au jardin des plantes, pour voir si les petits daims avaient grandi. A dire vrai, je m'en foutais complètement mais ça retardait le moment où je devrais rentrer à la maison, affronter le quotidien, répondre, demander, laver, écouter, répondre encore, protester, proposer, organiser, prévoir, remplir des cases, le frigo, monter, descendre, étendre, arroser, parler surtout, parler et donc couper ce flot de pensées qui me venait si bien en marchant. Voilà, s'il n'y avait que moi, je ferais cela, juste marcher et laisser s'écouler toutes ces pensées. Marcher en m'écoutant moi-même, j'avais tant de choses à me dire au fond. En longeant la gare, j'ai pris soin de ne pas tourner mon visage vers les touristes fraichement descendus du Paris Nantes de 8 h. 17. Je me suis dit qu'ils risquaient d'avoir une mauvaise impression de la ville si dès leur arrivée, ils croisaient une femme en pleurs. Je ne pouvais pas leur dire, à tous, que je n'étais pas triste, que c'était juste comme cela maintenant, un état permanent, comme une source intarissable, qu'en même tant que mes pensées défilaient, les larmes coulaient, et que ça n'étaient pas grave, c'était comme cela c'est tout. Il y a longtemps, j'avais lu un reportage sur une statue de la sainte vierge en Espagne qui, de temps en temps, pleurait des larmes de sang. Les fidèles croyaient en un miracle et l'entouraient de cierges en lui demandant un tas de trucs que cette pauvre statue avait sans doute du mal à réaliser. Je n'avais aucune envie que ça m'arrive, merci bien, pour qu'un tas d'allumés viennent tous m'adresser la parole et me saoûlent encore avec leurs problèmes d'argent, de coeur ou même de cul, tiens ! Mais qu'ils se les gardent donc leurs histoires ! j'avais bien assez avec la mienne, moi, bien assez de boulot à démêler l'écheveau de laine brute qui faisait masse dans ma tête.

D'un coup, je me retrouvais devant la grille fermée du jardin des plantes, c'était trop tôt, trop tôt pour les daims. Je longeais le mur pour remonter vers les Beaux Arts, ça sentaient la pisse et la bière, un reste des festivités d'hier. Un gardien d'immeuble tentait de neutraliser les odeurs en lavant le trottoir à grande eau. Aussi, pour éviter de me faire doucher les pieds, j'ai traversé.

Je n'ai rien senti du choc en fait, juste j'ai entendu un bruit de métal entrant en contact avec le pavé, un cri perçant, le tintement d'une sonette de vélo. C'est idiot mais quand ma tête a heurté le sol, j'ai pensé que j'aurai mieux fait d'aller au marché de Talensac, acheter une salade et des oeufs pour faire une omelette aux enfants à midi, que c'était sans doute ce qu'aurait fait une bonne mère et qu'une fois de plus, je n'étais pas là où j'aurais du être...

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Pascal Linet 15/07/2008 23:07

Je pense que le début des grandes vacances est toujours dur pour nous. Je ressens souvent comme un vertige. Après fatigue et stress, c'est le vide, l'abîme et l'envie d'être seul avec soi-même.

Léo Nil 15/07/2008 13:39

A cette heure ci je me suis mis à saigner du nez. Je ne saigne jamais du nez! Mais cela n'a rien à voir, n'est ce pas?

Cecile 15/07/2008 12:55

Il est beau, ce texte ... toi ...

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Mes pas hésitants se perdent souvent et mon regard s'égare... J'aime bien voir tout ça du bon coté des choses...